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« De plus en plus fort »

Témoignage d’Eric (au 17ème Forum)

mercredi 9 décembre 2009


Tout a commencé en juillet 1994. Je m’souviens, j’avais été transporté aux urgences pour autre chose, là bas, on m’a demandé une recherche de contamination et puis environ 3 semaines, 1 mois plus tard j’ai eu les résultats.

Je m’souviens c’était au mois d’août, en pleines vacances. Le médecin m’a dit : « Asseyez-vous »

il m’a annoncé ma séropositivité comme çà, sans rien d’autre, sans me dire où aller, sans aide. Je suis rentré en pleurant, 34 kms, c’était les vacances et je pleurais, je m’souviens.

Alors j’ai cherché, pour ne pas rester comme çà, j’ai appelé SIDA Info Service qui m’a informé et m’a donné le n° d’AIDES de Blois et pour finir c’est à AIDES de Tours que j’ai trouvé ma place, enfin, je me sentais là ou je devais être, enfin j’ai pu me poser.

Après une dépression, parce que tout çà quand même c’était dur, je suis retourné à AIDES et j’ai décidé de me faire suivre à Tours. J’ai rencontré un médecin formidable et à Bretonneau aussi c’était très très bien.

Et là ma vie a commencé à changer. Je m’souviens, on est en 1994-95. AIDES me propose de partir en voyage à la montagne et au retour tout allait mieux. Je me suis senti plus fort.

Je me suis fait des amis, séropositifs, certains depuis ont disparu, à cette époque on meurt encore. Mais l’entente était formidable à AIDES. Et là je me suis dit : je vais aider les autres.

Cà a commencé comme çà, j’ai voulu participer à la prévention. Alors, j’ai fait venir AIDES à la Maison des Homosexualités de Touraine. J’ai organisé des soirées « prévention », grâce à moi, çà prenait de l’ampleur, vous comprenez. C’est là que je m’en suis sorti, je crois. Je voyais la vie autrement presque grâce à la maladie. C’est dans la même période que j’ai annoncé ma séropositivité à ma famille. Je m’souviens, c’était le jour de l’anniversaire de ma mère. -ma mère, elle a accepté tout de suite ce qui m’arrivait - mon père lui n’a rien dit Il a mis 15 jours à réagir. Et puis il est venu me voir et il m’a dit :

« tu vas t’en sortir, tu vas te battre, on sera là avec toi ». J’en ai aussi parlé à mon employeur, même si on m’avait dit que je risquais d’être renvoyé, car çà arrivait d’être mis à la porte, licencié pour ce motif là, je faisais les 3/8 alors ce n’était pas simple avec les médicaments.

Je m’souviens, mon employeur çà lui a fichu un coup, il s’est assis et puis il m’a regardé et il m’a dit : « que la vie continuait, qu’il aménagerait mes horaires.

Mon chef aussi a été remarquable, prenant régulièrement de mes nouvelles, le médecin du travail a cherché de la documentation pour m’aider, mes collègues supers. Ces personnes m’ont toujours aidé et sont toujours présentes Il y a toujours eu quelqu’un pour me rassurer. Un jour je m’étais fait tabasser sur un lieu de drague. J’avais le visage en sang. Les pompiers sont arrivés. Je les ai prévenu que j’étais séropositif, je voulais qu’ils fassent attention à eux : vous savez ce qu’ils m’ont dit :

« Ne vous inquiétez pas, on prend toujours des précautions parce que tout le monde ne le dit pas. A part çà, vous êtes comme les autres, la vie continue »

C’est une phrase qui m’a fait beaucoup de bien. En 2001 on me propose de participer à l’organisation du Forum.

Cà m’a donné beaucoup de force, on a rencontré du monde, çà m’a ouvert des portes. A Bretonneau, on se sentait un peu à la maison. Je me sentais de plus en plus fort au travers de toutes ces rencontres ; Et puis en 2004, je n’ai plus pris mes médicaments, je n’écoutais plus mon médecin, çà n’allais pas mais je ne voulais pas le reconnaître. Je m’souviens, il y a eu deux paroles d’homme, celle d’un médecin et celle de mon père qui me dit : « Qu’est-ce que tu fais là, vas te faire hospitaliser »

Et je m’en suis sorti. Depuis 2005 tout va bien. On fait de plus en plus de choses pour la prévention. On continue le Forum, j’ai rejoins l’équipe du site internet. Comme à Blois il n’y a plus AIDES, je m’engage beaucoup dans la prévention du Loir et Cher. En 2008 est créé VIH Val de Loire et, en 2009, je deviens vice-président Je me suis senti encore mieux, à chaque fois çà me donne de la force de plus en plus.

Dans mon village depuis 2007 déjà, je m’souviens, j’avais dit au directeur de la piscine que j’étais séropositif, au cas où je me blesserai, au cas où je saignerai vous comprenez et le Directeur m’avait dit : « c’est une maladie comme les autres », on est devenus amis et il m’a demandé de faire de la prévention à la piscine, au début je me suis dit « çà ne marchera pas » et en fait çà marche à fond.

Il faut que je vous raconte, après une intervention à France bleu en 2008, je me suis arrêté devant France 3 je suis allé les voir, leur raconter tout çà. Et bien ils m’ont dit qu’ils auraient besoin de moi et en effet ils sont venus nous filmer dans la maison et la grande surface où je fais mes courses. Je me demandais quand même comment çà serait quand je sortirai.

Et bien dans les jours qui ont suivi, une dame âgée est venue me faire des compliments et le directeur du Super U a été très touché et m’a proposé de faire de la prévention dans son magasin et de récolter des fonds. Le patron du Pub de Montrichard aussi a voulu une soirée de prévention et çà a été une réussite ; il y a eu beaucoup de monde et les journalistes de TV Tours sont venus.

A chaque fois je me sens plus fort.

Le cinéma également nous a demandé une projection, un débat.

Je veux faire comprendre qu’en 2009 la maladie est toujours là, il ne faut pas l’oublier et je veux faire savoir qu’on peut vivre avec. Je suis fier de la lutte que l’on mène et de faire ce que je fais. Aujourd’hui ce n’est pas ma maladie qui me fait le plus mal, c’est quand j’apprend qu’un gamin de 17 ans a chopé le virus, c’est çà qui me fait le plus mal.

Même si la maladie elle n’est pas toujours facile et même si je suis quand même en colère vis-à-vis de ce qui ne se fait pas.

Mais bon, je me bats tous les jours, j’en apprend tous les jours, j’aurai découvert tout çà. J’ai même rencontré l’amour, la personne que je rêvais de rencontrer.

Au début, je me suis dit que j’en avais pour 6 mois, je m’souviens. Cà fait 15 ans maintenant et quand je me lève le matin, je pose le pied par terre : c’est un nouveau jour qui commence, je sais pourquoi je me lève et je sais pourquoi je vis

En 2010, nous n’avons toujours pas de vaccin et le seul moyen de se protéger c’est le préservatif

Pensez y

ERIC


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