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"L’ouverture et l’amour"

Françoise

lundi 18 janvier 2010


« L’ouverture et l’amour »

Est-ce une maladie comme les autres ? Eh bien oui et non. Pas tout à fait, parce que c’ est une maladie qui accueille d’autres maladies opportunistes et puis aussi parce que c’est transmissible et que çà atteint la sexualité, l’amour.

Mon mari est mort du Sida, c’était en 1996. Ils ont découvert en 1990 qu’il était malade. Je ne sais pas comment il avait été contaminé. Il ne le savait peut-être pas non plus, vous savez.
- Lui, il n’a pas bénéficié de la trithérapie, moi oui, j’ai eu de la chance.

Quand j’ai annoncé ma séropositivité à mes enfants, ils sont allés vite faire des tests, vous voyez, on croyait et sûrement on croit encore que çà s’attrape comme çà. Mais ils sont là auprès de moi, ils m’ont soutenue, ils ont compris, ils se sont rassurés.

Pas ma famille, non, ma mère, mes frères et sœurs me considèrent comme une pestiférée. C’est comme çà, certains nous rejettent, d’autres sont formidables.

On découvre tout çà, on découvre un monde qu’on ne soupçonnait pas.

A l’hôpital, l’ambiance était très chaleureuse, on se sentait bien. On a rencontré des gens merveilleux : des médecins, une assistante sociale, des patients. Des étudiants sont venus me rencontrer chez moi dans le cadre de leurs études. Ils avaient besoin de mon témoignage pour des exposés, çà me faisait du bien.

Malgré tout j’ai fait une grave dépression, c’était trop dur tout çà, vous savez. Mon médecin m’a fait rencontrer un psychiatre qui m’a accompagnée très longtemps. Cà m’a permis de trouver la force de continuer. Et je l’ai trouvée. Je lui suis très reconnaissante. Il en faut de la force, pour traverser 20 années d’épreuves.

Aujourd’hui, j’ai trouvé l’amour à 64 ans. J’ai un ami depuis quelques mois. Pourtant j’avais dit que l’amour c’était terminé depuis ma maladie. Quand je rencontrais un homme, je lui disais tout de suite ce qui m’était arrivé, il y en a qui ont pleuré. Je leur disais que je n’irai pas plus loin que l’amitié, c’était comme çà, je ne pouvais pas. Vous savez ce n’est pas facile d’être atteinte comme çà dans son corps, dans ce que l’on a de plus intime, c’est compliqué.

Et puis voilà, depuis quelques mois je ne suis plus seule. C’est une belle histoire.

Lui, il a perdu son frère du Sida. Il sait ce que c’est, même s’il n’est pas malade.

On s’était connu il y a longtemps, on travaillait au même endroit, son frère aussi, on s’est perdu de vue et entre temps on a rencontré tous les deux le VIH, chacun à notre manière.

Sa mère lui a dit : « Tu sais elle a le SIDA », alors je lui ai dit : « Tu diras à ta mère que je n’ai pas le SIDA, je suis séropositive, ce n’est pas pareil.

Vous savez, je vais avoir un petit fils en décembre. Je vais partir dans les Pyrénées pour le connaître. C’est une joie, je suis contente. Vous vous rendez compte, ce bébé je vais le connaître et l’année dernière, j’ai eu un arrière petit fils, je suis arrière grand-mère, c’est un grand bonheur.

Cette maladie, elle n’est pas facile. C’est un rude combat, un combat contre le virus, contre les autres, contre la dépression. Des années d’épreuve et maintenant il faut supporter le traitements, les mycoses, les absences, le corps qui se transforme….

Mais cette maladie m’a apporté des choses que je n’aurai jamais connues. C’est vrai, çà m’a rendue plus humaine. J’ai fait de belles rencontre, de très belles rencontres. Cà m’a enrichie, je suis plus ouverte, j’ai découvert un monde que je n’aurai jamais connu.. Je me suis même mise à voyager.

S’il ne m’était pas arrivé tout çà, je ne serai pas celle que je suis aujourd’hui. Je ne sais pas qui je serais mais je n’aurai pas appris tout çà.

Vous savez au début je me suis dit : dans 5 ans je ne serai plus là. Et puis 5 ans après je me suis dit : bon dans 5 ans ce sera fini. Et puis j’étais toujours là, alors je me suis dit peut-être encore 10 ans et les 10 ans ont passé et maintenant j’espère que çà va continuer.

J’ai vu grandir mes petits enfants, j’ai envie de continuer à les voir grandir. Et puis je vis un amour, j’ai envie que cela dure longtemps. Je me suis reconstruite petit à petit.

Alors aujourd’hui, je touche du bois pour que la vie continue.

Et n’oubliez pas en 2009 le virus est toujours là. Pensez à vous protéger et à protéger les autres

Françoise


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